Comite de lecture de mars 2021

Le comité de lecture du Centre Dramatique Des Villages s’est réuni ce samedi 20 mars 2021.

Les trois textes analysés ont été retenus par les lectrices/lecteurs.

L’un d’eux, A Cheval sur le Dos des Oiseaux est en lice pour le prochain Eclat de Cœurs.

A Cheval sur le Dos des Oiseaux

Texte de Céline Delbecq

Issue du Conservatoire Royal de Mons, Céline Delbecq est comédienne, autrice et metteuse en scène. En mars 2009, elle fonde la Bête Noire asbl pour laquelle elle écrit et met en scène des pièces de théâtre s’inscrivant dans un contexte social occidental. Depuis 2009, elle a écrit et mis en scène 8 spectacles à partir de la question : qu’est-il nécessaire de dire aujourd’hui ?  Titulaire de nombreux prix, publiée aux Editions Lansman, traduite en anglais, espagnol, roumain, ukrainien, arménien, persan, Céline Delbecq a reçu des bourses qui lui ont permis des résidences d‘écriture et de création en Belgique, en France et au Canada. Elle a également eu l’opportunité de travailler au Burkina Faso, au Bénin, en Tunisie, à Haïti, au Mexique, en Iran… Elle est aujourd’hui artiste associée au Théâtre des Ilets/ CDN de Montluçon (France) ainsi qu’au Rideau de Bruxelles.  Actuellement, elle écrit A cheval sur le dos des oiseaux qui sera le neuvième spectacle de sa compagnie. Création en avril 2021 au Rideau de Bruxelles.

Par ailleurs, elle participe à l’écriture de Faust Augmenté, un projet fou du metteur en scène Florent Siaud qui a commandé une réécriture des Faust I et II de Goethe à 10 dramaturges contemporains de France, Belgique, Suisse, Haïti et Madagascar.

Résumé

Carine Bielen, la cinquantaine, maman célibataire étiquetée « débile », est convoquée par un responsable de la Protection de l’Enfance ou par un juge des enfants à la suite d’un accident survenu à son domicile. Son bébé Logan, âgé de 8 mois et demi, a été retrouvé par l’assistante sociale qui suit la maman et l’enfant avec le bras fracturé alors qu’il dormait dans le lit de sa mère. L’enfant a été immédiatement placé en foyer d’accueil et la mère très attachée à son bébé mais consciente de ses difficultés doit s’expliquer sur cet accident et savoir si elle peut ou non continuer à s’occuper de lui ou s’il doit lui être retiré.

Extraits des fiches de lecture

« D’emblée, j’ai lu ce texte à voix haute. Les indications données par l’autrice m’y incitaient, ces codes indiquant le rythme et les silences plus ou moins prolongés. J’ai lu ce texte d’une traite, sans arrêt, sans envie de m’arrêter. Ma lecture m’a conduit dans un univers de sensations, d’émotions diverses. J’ai ri, j’ai parfois haleté, j’ai souvent eu une boule à l’estomac, j’ai eu l’impression d’être non pas face à Carine mais à ses côtés, partageant ses inquiétudes, ses peurs, ses rêves « à cheval sur le dos des oiseaux ». J’ai chanté Maman, les petits bateaux avec elle et certainement aussi faux qu’elle.

Il est paradoxalement parfois difficile de défendre un texte qu’on a aimé. J’ai aimé ce personnage si fragile et pourtant si fort dans son désir d’indépendance et son désir d’assumer seule sa maternité… »

« Me voilà donc embarquée dans le récit un peu décousu de Carine qui va nous raconter sa vie jusqu’à aujourd’hui avec ses joies, ses peines, ses peurs, ses combats, ses victoires. Elle parle, elle rit, elle sourit, elle chante, elle s’emballe, s’énerve puis se calme et repart vers une autre idée. La trame du texte est à l’image des pensées de Carine. On a l’impression que ça part dans tous les sens mais il y a une logique, SA logique. Les « différences » de Carine sont montrées avec délicatesse et beaucoup de respect. Ainsi l’envie de rire avec elle de ses bêtises ou de ses maladresses est légitime parce qu’il y a toujours le respect de l’auteur vis-à-vis de son personnage… »

« Je ne sais pas si je peux arriver à vous transmettre mon enthousiasme à la lecture de ce texte mais c’est pour moi un vrai coup de cœur à la fois poétique, émouvant, plein d’humour, d’humanité, d’amour et de réflexions : une petite merveille. »

C’est si bien écrit, que l’on est capable de respirer en même temps que le personnage. C’est une partition merveilleuse pour toute comédienne qui souhaiterait jouer un monologue.

Et quel personnage que celui de Carine Bielen ! On s’y attache très vite (et pour longtemps), par son honnêteté, sa maladresse, ses rires communicatifs, son humour et sa poésie bouleversante. On accède à sa réalité et il n’y a aucun jugement possible. Son histoire pourrait être traitée de façon très radicale et manichéenne dans les médias traditionnels, jugée irresponsable, coupable, hop on lui retire la garde pour le bien de l’enfant, applaudissement de la foule bienpensante ! Mais à la fin de cette pièce on en ressort le ventre remué, la gorge nouée et dans la même impasse où se trouve le personnage. Que faire dans une telle situation ? J’ai adoré cette écriture car elle invoque la nuance, l’empathie, la réflexion, l’écoute, rien n’est jamais si simple qu’on le croit. Merci d’avoir donné voix et âme à ceux qu’on n’écoute pas, qui n’ont pas leur mot à dire, qu’on dénigre, qu’on ne croit pas, qu’on ne veut pas voir.

Je retiens « A cheval sur le dos des oiseaux » avec joie et émotion. Vivement la réouverture des théâtres que je puisse enfin rencontrer Carine Bielen sur scène ! »

Nous sommes les seul.e.s à vous attendre

Texte de Carole Prieur

Voir la biographie de Carole Prieur sur notre site https://comite-lecture.cddv-vaucluse.com/carole-prieur-autrice-en-residence/

Résumé

Des familles monoparentales ou non sont confrontées à la radicalisation de leur enfant. Trop tard, ces parents apprennent que leur fils, leur fille sont partis rejoindre Daech. Ils ont agi sans rien dire à leurs parents. Tous ces parents se retrouvent, se croisent, se racontent leur incompréhension, leurs désillusions. Chacun réagit à sa façon. Mais en fin de compte aucun n’oublie. Lorsqu’enfin, ils prennent connaissance du sort de ces jeunes, rien ne sera résolu mais ils sauront.

Extraits des fiches de lecture

« J’ai lu ce texte avec beaucoup de précautions. Je ne l’ai pas lu d’un seul trait comme je le fais souvent, j’ai noté les noms ou plutôt les prénoms, les événements, les dates. Pourquoi tant de précautions ? Parce que j’ai senti que je devais prendre soin de ces gens, de ces papas, de ces mamans, prendre soin de leur désarroi, de leur incompréhension, de leur tristesse, de leur peur. Parce que cette écriture si sobre mais si raffinée me disait : doucement, ils sont fragiles, si tu veux les garder debout jusqu’au bout, vas doucement. Alors je suis allé doucement. Et à leur rythme, avec leurs pas, avec leur souffle j’ai attendu les nouvelles. J’ai pardonné à ceux qui « tuait leur enfant » pour avoir moins mal, à celles qui s’obstinaient à vivre joyeuses pour ne pas croire à cette horreur. J’ai pris le temps pour garder espoir avec eux. »

« Je suis entré dans ce texte avec beaucoup d’apriori. En effet, les remerciements au début m’ont fait un peu peur étant donné le thème et la forme documentaire qui vont avec en général. Puis, plus j’avançais dans le texte, plus je me laissais tranquille et acceptais cette histoire. Cela vient je crois de sa théâtralité très forte qui passe par ses personnages. On accède très vite à l’existence théâtrale de ces parents et de ces jeunes gens partis en Syrie. Certaines scènes sont très sensibles et nous tirent quelques sourires dans des moments où l’on imaginerait des larmes, ce qui est assez agréable. J’aime tout particulièrement le personnage de Mounia qui est d’une humanité étonnante dans sa situation. Elle est pétrie de paradoxes et c’est ce qui me permet de la comprendre ! C’est plutôt rare. »

Le Blanc est une couleur

Texte de Marianne Clévy

Marianne Clévy a été directrice du festival Terres de parole en Normandie et secrétaire générale de la Maison Antoine Vitez – centre international de la traduction théâtrale. Marianne Clévy a été également été comédienne et metteuse en scène. Elle a codirigé la Compagnie Avril de 1989 à 1997. Elle a été nommée récemment directrice de La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon.

Résumé

Une histoire d’amour entre un blanc de Paris et un immigré clandestin noir du Mali sur fond d’homophobie et de menace d’expulsion mise en parallèle avec une autre histoire d’amour, celle d’une musicienne blanche française et d’un pianiste noir camerounais sur fond de racisme.

Extraits des fiches de lecture

« La manière dont le texte se construit est peut-être ici ce qui me plaît le plus, car il me semble que pour un metteur en scène cela soulève des questions excitantes à résoudre. A priori la construction nécessite un espace double, avec chacun sa façon de fonctionner, et devant évidemment se coordonner. »

« Le sujet principal de la pièce, c’est à dire, la couleur de peau, et toutes les questions qui en découlent, sont toujours d’actualité et sont mises en jeu de façon très naturelle, même si les passages concernant Saadi et son militantisme sont un peu « plaqués », plus de l’ordre du discours que de l’échange théâtral. Malgré tout, cela contribue à donner une véritable épaisseur à ce personnage. Épaisseur d’ailleurs présente chez chacun d’eux (seul celui de François est moins développé mais ce n’est pas un manque). »

« Dès la première scène, on est pris dans l’histoire de la séparation de Dorian et de Tiemeko. Dès lors et par un jeu de dialogues très vifs entre les personnages et de longs récits délivrés par les mêmes personnages plus âgés, on va apprendre comment Dorian et Tiemoko vont s’aimer, se séparer, se retrouver ; puis comment Tiemoko malgré son amour pour Dorian va poursuivre sa vie dans la tradition que lui a transmise sa mère.

Saadia, féministe noire, dénonce le pouvoir de l’homme blanc à travers des posts sur youtube; le blanc est une couleur, celle de la domination, de la supériorité sociale..»

« Les personnages sont de chair et d’os et leur histoire est portée par une écriture brillante qui les met tour à tour en lumière avec leurs sentiments, leurs faiblesses, leurs espoirs, leurs combats pour la vie. On se croirait chez Almodovar. »

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